Bulletin aéronautique de PolyAir

Bulletin aéronautique de PolyAir 11/04/20

Revue de presse aéronautique

À l’heure de la pandémie mondiale sans précédent qui touche notre planète, le secteur de l’aviation civile est l’un des plus atteint. Que ça soit pour les compagnies aériennes ou les industriels, cette crise aura un impact durable sur la santé du secteur.

25 millions d’emplois en danger chez les compagnies aériennes

Selon l’Association internationale du transport aérien (AITA), l’effondrement de la demande dans le secteur du transport aérien de passagers pourrait mettre en péril 25 millions d’emplois chez les compagnies aériennes et les secteurs connexes. Cette prédiction se base sur un scénario ou les restrictions de voyage ne dureraient que trois mois.

Cette prédiction prévoit une baisse de revenu liée à une diminution drastique de la demande de 252 milliards de Dollars (US) (-44 %) par rapport à 2020. Dans ce contexte, l’AITA indique que seul un soutien financier direct allié à des allègements fiscaux et des garanties de prêt accordé par les gouvernements permettrait au secteur de résister à la crise.

Des avion de la compagnie Delta stationnés sur l’une des pistes de l’aéroport d’Atlanta en Géorgie. © kimpaquette

D’après le directeur général de l’AITA, Alexandre de Juniac, le soutien gouvernemental est essentiel si l’on veut sauvegarder les acteurs qui permettront une reprise durable du secteur après la pandémie : « On ne saurait trouver les mots pour bien décrire l’impact dévastateur de la COVID-19 sur l’industrie aérienne. Et les dommages économiques affecteront 25 millions de personnes dont les emplois dépendent de l’aviation. Les compagnies aériennes doivent demeurer des entreprises viables, pour être à l’avant-garde de la reprise lorsque la pandémie sera maîtrisée. Une bouée de sauvetage est actuellement critique pour les compagnies aériennes ».

L’organisation internationale basée à Montréal insiste enfin sur le rôle central qu’elle aura à jouer lors de la reprise de trafic aérien international. Elle insiste sur l’enjeu de coordonner les efforts et de ne pas répéter les erreurs qui ont suivi les événements du 11 septembre 2001 ou un manque de coordination avait exacerbé la crise subie par le secteur du transport aérien.

Air Canada tente de résister à la crise grâce aux subventions salariales et au cargo

Selon l’article publié par le Journal de Montréal qui relaie le communiqué du PDG d’Air Canada, Calin Rovinescu, le transporteur national sera capable de garder les 16 500 employés qui devaient être mis à pied au sein de la compagnie. Cela est rendu possible grâce à la subvention fédérale de 75 % sur les salaires destinée aux entreprises ayant perdu plus de 15 % de leur revenu à cause de la pandémie. Air Canada qui compte 36 000 employés au pays indique que le fait de garder un lien étroit avec les employés qui ne sont pas en service actif permettra de faciliter le retour à une exploitation normale.

En plus des aides fédérales, Air Canada compte aussi sur le fret pour continuer son activité à travers la crise. On peut lire sur le site Les ailes du Québec que la compagnie a fait appel aux services d’Avianor à Mirabel qui a retiré les 422 sièges de la cabine de trois B777-300ER et installé une aire de chargement pour des caisses légères. Les Boeings ainsi modifiés ont une capacité d’emport de 89,63 tonnes de fret. Aconvertisir Canada effectuera dorénavant 20 vols tout cargo par semaine. Avec une baisse de la fréquentation de ses vols réguliers de 90 %, le fret représente l’une des seules manières de générer du profit.

Air Transat retire son dernier A310 de sa flotte

Air Transat souffre aussi de la chute de la demande dans le secteur du transport de passagers. La compagnie québécoise a annoncé qu’elle mettrait à pied 70 % de son personnel.

La fin mars a aussi vu le retrait du dernier A310-300 sous les couleurs d’Air Transat. Le dernier vol du vénérable Airbus a été un rapatriement de Canadiens en provenance du Portugal. Air Transat a compté jusqu’à 14 A310 en 2008-2009.

A310-300 C-GTSF d’Air Transat en approche finale à Heathrow en 2009. © Konstantin Von Wedelstaedt [GFDL 1.2]
Ce retrait est un grand pas vers la fin de la carrière du gros porteur dans le secteur du transport de passager. Seules deux compagnies l’opèrent encore dans ce rôle selon l’article de Flight Global : Ariana Afghan Airlines et Yemenia. Le reste de la flotte est utilisé pour le transport de fret ou par des gouvernements.

L’A310 est une version raccourcie du doyen de la famille Airbus, l’A300. Son premier vol en 1982 allait propulser l’aviation civile dans une nouvelle ère avec l’introduction de l’équipage à deux pilotes grâce à l’introduction de l’ECAM (Electronic Centralised Aircraft Monitoring) et de l’EFIS (Electronic Flight Instrument System). L’A310 a aussi vu la première utilisation de la fibre de carbone dans une structure primaire (la dérive).

Les constructeurs au ralenti

Les compagnies aériennes ne sont pas les seules touchées, les constructeurs sont aussi dans la tourmente.

Comme on peut le lire sur bloomberg.com, avec l’arrêt de la ligne d’assemblage du B787 le 8 avril en Caroline du Sud, l’avionneur a cessé toutes ses activités d’assemblage final.  En effet, ses installations dans l’état de Washington avaient déjà été fermées jusqu’à nouvel ordre à cause du nombre de cas élevé observé dans l’état, y compris au sein de la main-d’œuvre de Boeing. Cette pandémie annonce une période de réduction de la cadence alors que les niveaux de stocks augmentent et les compagnies aériennes sont incapables de réceptionner de nouveaux appareils.

La situation d’Airbus n’est guère meilleure. L’avionneur européen a lui aussi multiplié les mises en pause de sites d’assemblage en Allemagne et à Mobile en Alabama. On peut lire sur le site Air & Cosmos, que la cadence de production est réduite de 30 %. Les types impactés sont l’A320, l’A330 et l’A350, l’A220 étant pour l’instant épargné. Les commandes sont préservées bien que plusieurs transporteurs aient demandé des reports de livraison pour préserver leur trésorerie.

Bombardier a suspendu l’ensemble de ses activités au Canada, envoyant la grande majorité de ses employés en congé temporaire sans solde. Par ailleurs, les membres du conseil d’administration de l’entreprise ont renoncé à leur rémunération pour le reste de l’année 2020. Une perspective claire est difficile à prédire pour la multinationale québécoise, mais on sait que le marché des avions d’affaires pourrait être fragilisé par une récession mondiale. Textron, un autre géant du secteur de l’aviation d’affaires a aussi mis en congé sans solde la majorité des ses employés aux États-Unis.

L’industrie aéronautique montréalaise se mobilise 

On peut lire dans le journal La Presse, que CAE a conçu un nouveau respirateur en 11 jours afin de participer à l’effort demandé par le gouvernement fédéral. Cette prouesse a été rendue possible grâce à l’expertise de CAE dans les domaines de l’électronique, de la mécanique, du logiciel, de la fabrication plastique et de la médecine (grâce au département de simulation médicale). Reste maintenant à obtenir la qualification du prototype par Santé Canada.

L’entreprise compte mettre à contribution son vaste réseau de fournisseur ainsi que ses capacités de production pour produire 10 000 respirateurs dans les trois prochains mois.

D’autres entreprises telles que Bombardier et BRP se sont engagées dans la fabrication de visières protectrices pour le milieu hospitalier québécois. En tout 40 000 visières seront livrées au gouvernement du Québec.

Vidéo de la semaine

Ce qui illustre peut-être le mieux l’impact de la pandémie sur l’aviation sont les innombrables pistes et taxiways reconvertis en stationnement temporaire à travers le monde.  En voici un aperçu :

 

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